Vous est-il déjà arrivé d’entendre des expressions comme :

  • “Je suis en deuil”
  • “Elle fait son deuil”
  • “Il n’a pas fait le deuil de son ancien job ! Il s’ennuie dans son nouveau travail, rien ne lui plaît”.
  • “Je dois faire le deuil de ma relation avec lui. C’est dur, il hante encore mes pensées.”
  • “Je n’arrive pas à faire le deuil de ma mère. Je souffre encore.”

On utilise le mot deuil, dans des situations qui ne concernent pas toujours la mort d’une personne.

Est-ce adapté ? Au fond, qu’est-ce que le deuil ? Et comment le traverse-t-on ?

Qu’est-ce que le deuil ?

François Louboff, Psychiatre et Invité du Sommet Guérir Sa Vie , nous éclaire :

Le terme deuil vient d’un verbe latin qui signifie douleur.

Le deuil est une douleur liée à la rupture :

Séparation, ou Rupture d’un lien d’attachement (comprenez une relation affective importante pour soi).

La douleur n’est pas uniquement liée à la mort d’une personne.

On peut perdre bien sûr :

  • Une personne qu’on aime
  • Un objet
  • Un statut; on est marié, on devient divorcé.
  • Un animal
  • Une amitié
  • Un travail
  • La santé

On peut perdre beaucoup de choses.

Notre vie à tous nous confronte à la perte. Et chaque perte peut donner ou pas, lieu à un travail de deuil de façon à s’adapter à cette perte.

En fait, le deuil pourrait se définir comme une adaptation normale, nécessaire à la rupture d’un lien d’attachement soit avec une personne, soit avec un objet.

Le deuil est un processus d’adaptation à ce nouvel état, l’état antérieur étant fini.

Les anglais n’ont pas 1, mais 3 mots pour parler du
deuil !

En langue française, nous n’avons qu’un seul terme, le mot « deuil ».

En langue anglaise, il y a trois mots qui permettent de saisir la réalité du deuil d’une manière plus riche.

Le terme « bereavement » qui signifie la rupture objective, le fait de la rupture du lien la perte.

Le terme « grief » qui est le chagrin. Toutes les expressions physiques, psychologiques, émotionnelles et sociales qui sont la conséquence du deuil.

Enfin, le mot « mourning » qui correspond au processus du deuil qui va s’inscrire dans une durée avec une évolution et des modifications que le temps va permettre. Mais attention, Le temps ne guérit pas. Ce n’est pas le temps qui guérit. C’est ce que nous faisons de ce temps qui guérit. Il y a des gens qui vont rester en deuil pendant des années et des années, sans que rien ne change.

Si vous désirez en savoir plus et regarder en illimité la conférence du psychiatre François Louboff, il suffit de s’inscrire via la page de présentation en cliquant ici . Vous accéderez en bonus au livre de François Louboff, intitulé « Dire Adieu. Petit guide psychologique du deuil », qu’il offre à tous les participants à la conférence !

Le deuil n’est pas une maladie

De manière très claire, le deuil n’est pas une maladie. Il est important de noter cet aspect-là.

Après un décès, les personnes peuvent se sentir très malheureuses et souffrir énormément et chercher de l’aide auprès de leur médecin traitant. Celui-ci confronté à leurs souffrances, leurs pleurs et leur grande détresse peut prescrire un traitement antidépresseur. Comme si toute tristesse était pathologique.

Or la tristesse du deuil n’est pas pathologique, nous précise Le Psychiatre François Louboff. Par pathologique on entend anormal. La tristesse du deuil est normale.

Il ne faut absolument pas faire taire cette souffrance.

Il faut au contraire l’accueillir, la recevoir, lui permettre de s’exprimer, d’être ressentie, d’être manifestée. Le temps nécessaire.

Et ce temps nécessaire peut être plus long qu’on ne le pense. Croire qu’un deuil doit être réglé en six mois ou un an est impossible, infaisable et pas du tout réaliste.

Comme le deuil n’est pas une maladie, il n’y a pas de guérison. Il y aura une adaptation et une réorganisation.

Ce qui signifie que le deuil n’est pas quelque chose de passif.

Le deuil est un processus

Je suis psychothérapeute depuis 20 ans.

Cela fait donc 20 ans que je m’interroge sur la façon la plus efficace d’accompagner les personnes qui traversent un deuil.

Si c’est votre cas en ce moment-même, suivez bien les lignes qui vont suivre.

Je veux vous alerter aujourd’hui contre l’opinion très répandue qui affirme qu’il n’existe qu’une seule manière de traverser le deuil : les fameuses étapes de Kübler Ross.

  • Quelques mots sur la vie d’Elisabeth Kübler Ross…

Aînée de triplées, qu’on ne s’attendait pas à voir vivre, Elisabeth Kübler naît le 8 juillet 1926 à Zurich.

A 16 ans, souhaitant devenir médecin, elle travaille dans la clinique du docteur Karl Zehnder où beaucoup de réfugiés qui fuient le nazisme, échouent en 1942. Elisabeth aide et apporte nourriture et vêtements.

Plus tard, au cours de la guerre, elle intervient avec les Volontaires pour la paix (IVSP, International Voluntary For Peace, voir Service civil international) : en France, puis en en Pologne. C’est au camp de concentration nazi de Majdanek, qu’elle découvre sur les murs, des papillons noirs que les enfants juifs dessinaient sur les façades avant de mourir. Ces papillons noirs signifiaient pour eux, qu’ils «s’envoleraient», comme la chenille devient papillon. Elysabeth Kübler choisira ces papillons noirs, comme symboles de son travail.

A partir de ce moment là, Elysabeth Kübler décide de travailler auprès des mourants.

Médecin diplômé de l’Université de Zurich, en 1957, elle rejoint les Etats-Unis avec son époux Emmanuel Ross, lui-même, médecin américain.

Puis, psychiatre en 1963 à l’université du Colorado.

À Chicago, en 1965, elle suit une psychanalyse qui semble-t-il se passe mal.

Fidèle à son souhait d’accompagner les mourants, à l’hôpital, elle rencontre des patients en phase terminale, avec lesquels elle échange à l’aide d’un miroir sans tain.

Et c’est en 1969 qu’elle publie son premier livre : On Death and Dying (traduit en français sous le titre : Les derniers instants de la vie). Ce livre est un énorme succès. Elle y expose pour la première fois, sa vision du deuil et en particulier les très célèbres “cinq étapes du deuil”.

A cette époque, le succès de son livre traitant de la mort dans les hôpitaux ne ravit pas ses confrères ni l’hôpital où elle travaille.

Sa vision du deuil évoluera vers une approche plus spirituelle et transpersonnelle, puisque dans les années 1972, elle s’intéresse aux expérimentations sur le voyage astral de Robert Monroe. Elle écrit, d’ailleurs la préface du livre de Raymond Moody Life after life en 1975.

De ce fait, l’hostilité des universités envers elle grandit. Installée à Escondido, au sud de la Californie, elle crée le centre de soin Shanti Nilaya. Elle y organise des séminaires, dont l’objectif avoué est de « traverser la couche du déni professionnel qui empêche les patients d’exprimer leurs inquiétudes les plus intimes. »

Elle se consacre ensuite aux enfants qui vont mourir et aux victimes du SIDA .

Enfin, après une vie professionnelle bien remplie, Elysabeth prend sa retraite en 1996. Plusieurs accidents vasculaires cérébraux vont malheureusement l’handicaper et elle décède à 78 ans.

  • Le modèle EKR ou les 5 étapes du deuil selon Elysabeth Kübler Ross

A l’époque, la succession des 5 étapes a le très grand mérite d’éclairer la compréhension du deuil et de sortir du déni à l’égard de la mort dans lequel les professionnels de santé peuvent parfois se réfugier.

Ces étapes concernent les personnes qui savent qu’elles vont mourir.

Elles seront appliquées ultérieurement à d’autres situations de perte.

Confronté à une perte, nous traverserions 5 étapes :

1 – Déni et Isolation : Le déni est une réaction courante chez la plupart des personnes qui apprennent qu’elles sont condamnées. Le déni consiste à refuser d’admettre la véracité de ce qui se déroule: refus d’admettre un diagnostic, la sévérité d’un problème ou bien la nécessité d’une intervention. C’est une réaction temporaire courante en réponse à une mauvaise nouvelle.

  • Les personnes peuvent retomber dans le déni, si des évolutions ultérieures choquantes se produisent.
  • La tendance à s’isoler s’observe chez la personne mourante comme chez des membres de sa famille qui l’évitent.

2 – Colère : Acte ou émotion par lequel la personne touchée tente de blâmer autrui, le système ou Dieu, lui-même. Cette colère se manifeste de manières différentes :

  • Colère contre Dieu: Pourquoi Moi ? Sentiment d’injustice.
  • Colère envers les autres qui semblent ne pas se soucier de nous et qui profitent de la vie alors qu’on souffre. Tendance à envier les autres, qui eux, ne sont pas en train de mourir.
  • Colère projetée sur tout l’environnement: les médecins, les infirmières voir la famille.

3 – Marchandage : Une étape brève, parce qu’elle se déroule entre soi et Dieu.

  • Si Dieu n’a pas réagi à ma colère, peut-être est-il en train d’oeuvrer en ma faveur sans que je ne le sache.
  • Tentative de négociation pour suspendre et repousser l’issue fatale : “si seulement je pouvais vivre pour …”

4 – Dépression : Sentiment de perte de contrôle ou de désespoir par rapport à la situation. Processus de deuil lié à la perte.

  • Dépression réactive ou consécutive à la perte: perte d’emploi, de mobilité, d’avantages.
  • Dépression par anticipation : la perte n’étant pas encore actuelle.

5 – Acceptation : Sentiment de stabilité ou de résignation alors que le patient devient proactif dans sa vie. Ce n’est pas une étape “joyeuse”, c’est habituellement un vide, un vide sentiments, plus rien, plus de sentiments. Cela peut prendre pas mal de temps pour atteindre cette étape. Et une personne qui résiste jusqu’à la fin ultime, peut ne jamais l’atteindre.

Cette étape consiste à lâcher et à admettre que sa propre mort est inévitable.

L’espoir est un aspect important à toutes les étapes. L’espoir aide à traverser les moments douloureux dans la vie.

Sauf que même si cette approche est hyper connue, elle ne décrit pas totalement la réalité du processus de deuil :

  • Si les sentiments et réactions inhérentes à chaque étape sont observables, mais aucune preuve n’existe qui prouve, que ces étapes se déroulent en suivant l’ordre de 1 à 5. Il est d’ailleurs même possible d’avoir des émotions ou des réactions qui ne sont pas du tout citées.
  • Des chercheurs remettent en question la façon dont E.KR a collecté les informations pour proposer ce modèle.
  • Le modèle des 5 étapes est plutôt descriptif qu’explicatif. S’il a l’avantage de décrire pour mieux comprendre ce par quoi peut passer une personne mourante. Sa renommée peut en faire une loi, qui plaquée sur une personne mourante peut être vécue comme une pression ou une injonction à traverser les étapes, avec tout l’impact négatif que cela peut générer. Chaque expérience humaine est unique et chaque processus de deuil l’est tout autant.
  • Le modèle des 5 étapes ne tient pas compte de l’impact de l’environnement dans lequel se trouve le mourant. Or si l’entourage est soutenant et positif, le vécu peut être très différent en cas d’entourage négatif et indifférent, voir maltraitant.

Néanmoins, son principal atout est d’avoir eu un impact sur la société, en amenant à aborder de front la manière de gérer la mort et l’accompagnement des mourants dans notre société et dans les structures de soin.

Voyons maintenant quelles autres approches permettent de saisir plus subtilement encore ce qui est vécu dans le processus de deuil.

Le Dual Model : les oscillations entre deux états

Selon le Dual Model (en savoir plus), le processus de deuil se présente plus comme une oscillation entre deux sortes de moments :

(1) Des moments orientés sur la perte et la souffrance,

ET

(2) Des moments orientés vers la restauration de soi et l’intégration de la perte.

Telle une danse, cette alternance amène progressivement vers l’apaisement complet.

1- Moments pendant lesquels on se confronte à la douleur de la perte :

Chagrin, Pleurs, Immersion dans les souvenirs, Photos, Cimetière, Nostalgie… avec parfois un profond désir de rester sous sa couette et de ne jamais en sortir.

2- Moments pendant lesquels on se confronte aux conséquences de la perte et à la reconstruction.

Apprentissages de nouvelles compétences (apprendre à réaliser ce que l’autre faisait: gérer les finances, cuisiner…), Nouvelles relations, Nouveaux rôles, Plus grande liberté…

Pendant les activités orientées restauration, il est tout à fait possible d’être focalisé sur des activités quotidiennes et de ressentir beaucoup moins de douleur voir un réel soulagement.

Si vous pleurez en regardant des photos puis devenez plus vif pour expliquer une chose qui vous tient à coeur, rien n’est donc plus normal.

Si vous avez un accès de pleurs ce dimanche matin là, alors que tout semblait plus apaisé depuis quelques mois. C’est normal.

Comme nous l’explique Le psychiatre François Louboff, dans sa conférence, “un deuil sain c’est un deuil, qui va pouvoir alterner ces deux types de moments :

Passer du temps à évoquer la personne qui est morte, à se rouler par terre s’il le faut et puis, faire autre chose sortir, s’amuser, prendre soin de soi. L’alternance entre ces deux sortes de moments fera que le deuil sera un deuil sain.

D’ailleurs, on ne peut pas parler de deuil normal. On parle de deuil sain.”

Par opposition, 10% des deuils sont parfois dits entravés ou compliqués, dans ce cas, le recours à un professionnel est vivement recommandé.

Chaque deuil est différent. On ne peut pas comparer nos manières de vivre nos deuils par rapport aux autres. Chacun est différent. Néanmoins le balancement est nécessaire.

Et le dual model permet de comprendre que les hommes vont plutôt avoir un petit penchant, sur le fait d’être dans l’action et de résoudre les problèmes matériels et de ne pas trop d’exprimer leurs émotions, ni montrer leurs sentiments ni pleurer. Processus liés à la restauration.

Alors que les femmes de leur côté, vont avoir plus tendance à s’exprimer, à partager, à pleurer.

Ce modèle permet aussi de comprendre les différences culturelles. D’une culture à l’autre on n’apprend pas la même manière d’être en deuil. En Europe, il y a nécessité de pleurer et de montrer ses émotions. En Chine, l’aspect émotionnel est beaucoup moins marqué et moins montré. Par contre les aspects concrets sont plus mis en évidence.

Le besoin de garder le lien, un lien avec la personne qui est décédée, est un élément qu’on reconnaît vraiment maintenant. Alors que pendant des années depuis Freud, on a considéré que l’évolution favorable du deuil, devait consister en la rupture totale, définitive voir l’oubli de la personne décédée, aujourd’hui , on sait que c’est absolument pas ni utile ni nécessaire ni sain.

Il va y avoir un changement dans la relation avec le défunt : qui va passer d’ une relation d’amour physique avec un être présent vers une relation d’amour abstrait, dans notre cœur avec une personne absente. Ce lien va devoir évoluer et être maintenu d’une certaine façon. Un nouveau lien avec la personne qui est décédée.

Le Dual Model en action

Ecrire ce que l’on ressent dans un journal personnel est souvent très aidant.

Si vous le souhaitez vous pouvez tout à fait écrire et décrire comment vous vivez ou avez vécu une perte: décès d’un ami, d’un être cher ou d’une situation à laquelle vous teniez beaucoup.

Ne faites pas cet exercice si la douleur est trop intense !!!

Diviser votre page en deux colonnes :

Actions orientée vers la gestion de la perte <-> Actions orientées vers la restauration

Et faites la liste des actions et de votre manière de gérer la perte. Placez chaque point soit dans la colonne de gauche soit dans celle de droite.

Puis prenez le temps de découvrir ce que vous apprenez sur vous à partir de cette liste.

  • Quelles sensations, pensées ou émotions lorsque vous vous connectez à la perte?
  • Quelles sensations, pensées et émotions lorsque vous connectez aux moments de restauration ?

Donnez vous la permission d’expérimenter les deux.

Assurez vous de pouvoir exprimer et vivre les deux aspects.

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